Et pourtant je vis, j'ai découvert même que je tenais à la vie. Plus je me suis trouvé parfois des raisons d'en finir avec elle, plus je me suis surpris à admirer cette lame quelconque de parquet : c'était vraiment comme de la soie, de la soie qui eût été belle comme l'eau. 
Il m'importe peu d'avoir raison. Je cherche le concret. C'est pourquoi je parle. Je n'admets pas qu'on discute les conditions de la parole, ou celles de l'expression. Le concret n'a d'autre expression que la poésie. Je n'admets pas qu'on discute les conditions de la poésie.
Et si la vie, comme à tout autre, m'a infligé quelques déboires, pour moi l'essentiel est que je n'ai pas transigé avec les trois causes que j'avais embrassées au départ et qui sont le poésie, l'amour et la liberté. Cela supposait le maintien d'un certain état de grâce. Ces trois causes ne m'ont apporté aucune déconvenue. Mon seul orgueil serait de n'en avoir pas démérité.
Tu as le sens de l'infini, calme et stupéfiant, comme un doigt pointé sur une ligne de ta propre écriture.
Départ dans l'affection et le bruit neufs !

Maintenant, peut-être. Il s'agit de devenir le silence suivant immédiatement le bruit du corps qui vient de s'écraser en tombant, un choc mat et bref, aplati. D'être encore ici après être tombé, ou de tomber en demeurant ici. Ici, mot vertical, signe d'un corps dressé. Je serre la barre d'appui. Vertige, plaisir, comme si l'air entier montait par l'intérieur de la tête, tandis que les talons, les chevilles, la plante des pieds commencent, semble-t-il, à brûler. Fermer les yeux. Monde solide, corps incroyablement léger qui flotte en lui-même, paraît descendre, planer, couler loin en lui-même, fondre et sortir par le dedans, s'illimiter sur place... Dérive immobile, fortement secouée maintenant, impossible à maîtriser de l'autre côté d'une cloison invisible, intouchable ; grande cloison de lumière qui s'approche et s'éloigne, contenant à peine une vibration, un flux incessants... Encore un instant, elle va céder, elle va disparaître : "Je suis sûre qu'on pourrait s'en aller en se laissant aller, en s'abandonnant. Ne plus bouger, ni respirer ; commander cette pente imperceptible ; laisser faire, glisser... Mais on se ressaisit toujours trop tôt."
Il ne faut plus sortir, maintenant : tout est en place.
3,4-méthylène-dioxy-N-méthylamphétamine
Sortie de secours interdite en cas d'incendie